Aujourd'hui, j'ai appris un truc.

Il y a des petites histoires dans la grande Histoire du château de Chenonceau et ça n'est pas pour me déplaire.

Chenonceau_ch_teau_panoramique

Ce château enjambe littéralement le Cher, affluent de La Loire. La grande Histoire nous apprend qu'il a été essentiellement conçu par des femmes : bâti en 1513 par Katherine Briçonnet, embelli successivement par Diane de Poitiers (maîtresse -ou favorite pour faire plus chic- du roi de France Henri II) et Catherine de Medicis (reine de France, femme de Henri II) et sauvé des rigueurs de la révolution par Mme Dupin (voir plus loin).

C'est ainsi à Diane de Poitiers que l'on doit le pont reliant le corps principal du bâtiment (rive droite) à la rive gauche du Cher, puis à Catherine de Médicis d'avoir transformé ce pont en une magnifique galerie de 2 étages avec vue imprenable sur la rivière.

Ce sont également ces 2 femmes aux fortes personnalités qui ont conçu les jardins : le château est flanqué à sa droite du jardin dit "de Diane de Poitiers" et à sa gauche de celui dit "de Catherine de Médicis" (pas de jalouse !).

Jardin_Diane_de_Poitiers Jardin de Diane de Poitiers

Jardin_Catherine_de_MedicisJardin de Catherine de Médicis

Chenonceau_ch_teau_et_jardins Vue du ciel
(nan, c'est pas Yann-Arthus !)

Mais d'abord la question qui m'a quasi empêchée de dormir depuis que j'ai vu les panneaux indicateurs se succéder sur la route de ce joyau de la renaissance : mais bon sang à quoi les gars de la DDE carburèrent-ils lorsqu'ils ont commandé ces fichus panneaux pour écrire "Chenonceau" un coup avec un "x" et un coup sans ??

La réponse est dans ce site (amateurs d'anecdotes, précipitez vous !) : Mme DUPIN, propriétaire du château pendant la révolution française, aurait voulu marquer sa différence en supprimant le "x" du nom de la ville. C'est ainsi que Chenonceaux désigne la ville et Chenonceau le château. Tous les amateurs de vieilles pierres ainsi que les professionnels du tourisme tourangeaux pourraient d'ailleurs lui dresser une statue car cette brave femme a contribué à sauver ce monument admirable des foudres destructrices des sans-culottes en faisant valoir l'extrême utilité de ce pont sur le Cher pour la cause révolutionnaire et a également sauvé la chapelle honnie des anti-cléricaux en la transformant provisoirement en réserve à bois.

Mais c'est à une histoire plus récente qu'il convient de s'intéresser.

Chocolat_Menier_pub_1960En 1913, après moult changements, c'est Henri Menier (fondateur de la chocolaterie Menier) qui met la main à la poche qu'il a bien remplie et en devient l'heureux propriétaire pour la modique somme de 1 361 660 F de l'époque.

Dans une lettre adressée à sa femme Thyra, il insiste sur le fait que cet achat n'est pas un caprice de millionnaire mais bien la volonté de faire perdurer ce qu'il qualifie de "véritable berceau de la poésie française, un hommage rendu à la femme, (...) divinement chantée par Ronsard" et, tenez vous bien mesdames, messieurs prenez-en de la graine, il a tout simplement OFFERT Chenonceau à sa femme ... (hum ... je vous laisse quelques instants pour savourer). So romantic !

Plaque_comm_morative_bless_s_GM1Après la mort de ce saint homme en 1914, son frère Gaston lui succède à la tête du domaine. La 1ère guerre mondiale éclate et Gaston transforme la fameuse galerie, où se sont déroulés de fastueux et très aristocratiques bals, en hôpital militaire, entièrement à ses frais : pendant les 4 années de la guerre, il y fut soigné 2 254 blessés. Pour passer le temps, les plus vaillants taquinaient le poisson dans le Cher (et non pas les infirmières qui avaient franchement autre chose à faire) bien installés dans leur lit.

 Ligne_de_d_marcation_chenonceauLors de la seconde guerre mondiale, le château se retrouve pile-poil SUR la ligne de démarcation (rive gauche du Cher : zone occupée, rive droite : zone libre).

On retrouve donc une nouvelle fois la dorénavant plus célèbre galerie du monde au centre des évènements puisque, même condamnée par les Allemands, elle aurait permis à plusieurs résistants de se réfugier en zone libre.

Le château de Chenonceau est à ce jour toujours la propriété de la famille Menier qui le gère comme on gère une entreprise de luxe en réussissant le tour de force de ne bénéficier d'aucune subvention de l'état. Quand on connait le prix de la réfection du moindre mètre carré de toiture, on ne peut que saluer l'exploit !

Moralité : mangez du chocolat Menier et vous participerez à l'entretien d'un des plus beau fleuron du tourisme français !

Allez, arvi'pâ.

Sources d'informations complémentaires :
-Visitez le château sur son site officiel
-Galerie de photos pour voir la merveille sous toutes les coutures
-Hôpital de Chenonceau où vous pourrez entre autre lire la lettre d'Henri Menier à sa femme in extenso (meu oui je cause l'étranger)

c_est_tout_pour_aujourd_hui

Ben non, c'est pas tout : je viens de trouver cette vidéo un peu longuette (9mn) et en anglais où, entre autres infos historiques ou people, on peut voir des photos d'archive des Menier et de la galerie transformée en hôpital, on y apprend que Marguerite Yourcenar y a écrit un essai fort judicieusement intitulé "Ah mon beau château" paru dans le recueil "Sous bénéfice d'inventaire" et on peut suivre la reconstitution des transformations architecturales successives du château de nos jours à la pose de sa première pierre (qui n'est pas d'hier) :

that_s_all_folksAllez cette fois c'est promis, that's all folks !